Solennité du Saint-Sacrement

Chers amis, chers frères et sœurs dans le Christ,

 

A la demande de plusieurs d’entre vous, j’ai commencé le 24 mars dernier – pendant le confinement – à vous envoyer cette lettre hebdomadaire. Elle avait pour but de vous encourager durant cette période difficile,  entraînant parfois une solitude imposée, et de vous donner quelques informations. Cela a été pour moi une source de joie d’apprendre qu’elle était attendue chaque semaine !

J’aimerais bien continuer à l’écrire, mais les tâches que le déconfinement m’impose, la « préparation du terrain » pour mon successeur et l’administration de la paroisse constituent une charge importante qui m’a fait prendre la décision, à regret, d’arrêter. C’est pourquoi, à l’occasion de la solennité du Saint-Sacrement, je vous écrirai donc ma dernière « Lettre aux paroissiens ».

La « Fête-Dieu » est la dernière des fêtes qui sont directement liées à Pâques. Le calendrier romain la place 60 jours après le dimanche de la Résurrection, mais par dérogation elle est célébrée le dimanche après la Sainte-Trinité.

Cette solennité, instituée canoniquement à la suite d’un miracle qui a eu lieu dans la ville de Bolsena, en Italie en 1263, naît comme une réponse à un débat théologique suscité par Béranger de Tours qui niait la présence réelle du Christ dans les espèces consacrées. Ce miracle est relaté par les fresques de la cathédrale d’Orvieto. Un prêtre de Bohême, Pierre de Prague, faisant route vers Rome, où il se rendait en pèlerinage, avait de grands doutes spirituels, notamment sur la présence du Christ dans l’Eucharistie. Lors d’une messe qu’il célébrait, au moment de la consécration l’hostie prit une couleur rosée et des gouttes de sang tombèrent sur le corporal et sur le sol. Le prêtre interrompit la messe pour porter à la sacristie les Saintes Espèces. Le Pape Urbain IV vint alors constater ce qui était survenu. À la suite du constat du miracle, il institua fête du « Corpus Domini » par la bulle « Transiturus de hoc mundo« , le 8 septembre 1264. Il la fixa au jeudi après l’octave de la Pentecôte et confia la rédaction des textes liturgiques à saint Thomas d’Aquin.

L’Évangile de la liturgie de cette solennité est centré sur un « étrange » discours de Jésus ; un « discours eucharistique » : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »

L’évangéliste Jean utilise le même mot : sarx (σάρξ), chair, pour exposer le mystère de l’Incarnation : « Le Logos, (la « Parole de Dieu ») s’est fait chair » (Jn 1,14), c’est-à-dire : le Logos s’est fait homme (âme et corps), le Christ a assumé pleinement, en sa totalité, notre nature humaine. Ce mot chair, utilisé dans l’évangile de cette solennité, a la même valeur, le même sens : le pain que je donnerai, c’est ma chair, ma nature toute entière, mon âme et mon corps, donnée pour la vie du monde. Jésus s’est vraiment donné dans sa totalité à nous. Le mystère de l’Incarnation inauguré par l’Annonciation de l’ange à la Vierge Marie s’est concrétisé et pérennisé dans le don que Jésus nous a fait de son corps et de son sang, de tout son être pour notre salut.

Cette donation n’est pas abstraite, impersonnelle, mais elle est bien concrète. Jésus est présent dans notre vie, dans tous les moments de notre vie. Il est présent dans notre histoire, il est présent aussi dans les personnes que nous côtoyons, quelles qu’elles soient, amies ou ennemies. Mais la présence du Christ, elle, est bien réelle aussi dans les espèces eucharistiques du pain et du vin, dans son corps et dans son sang, pour être « corporellement » l’Emmanuel, le Dieu avec nous. Ce sacrement n’est pas seulement un signe qui nous renvoie à une réalité « autre », qui nous dit quelque chose sur Dieu, il est aussi efficace, il réalise ce qu’il signifie. Le corps du Christ que nous recevons dans la célébration eucharistique, nous transforme, nous « Christifie », mais sa présence constante au milieu de nous et avec nous, dans le tabernacle est aussi une

« présence concrète, proche, au milieu de nos maisons, comme « Cœur battant » de la ville, du pays, du territoire avec ses différentes expressions et activités. Le Sacrement de la Charité du Christ doit pénétrer toute la vie quotidienne » (Benoît XVI, hom. 07/06/2012).

Plus cette présence divine nous accompagne, nous pénètre, plus notre vie en est transformée. La Foi – « don » surnaturel que Dieu nous offre dans la mesure où nous la désirons et si nous la recherchons – a besoin, pour grandir, d’être déployée, d’être « activée ». L’adoration et la contemplation sont, en même temps que la vie communautaire, l’écoute de la parole de Dieu, la participation active à la célébration eucharistique… des nutriments qui permettent à notre Foi de grandir jusqu’à donner des fruits merveilleux et exquis. C’est pourquoi, lorsque ce don se déploie en nous, il nous fait dire :

« Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! Célèbre ton Dieu, ô Sion ! Il a consolidé les barres de tes portes, dans tes murs il a béni tes enfants (Ps 147,12) », car nous devrions avoir toujours présentes les paroles du livre du Deutéronome qui disent : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur ».

Savoir qui nous sommes nous aide à recevoir les dons de Dieu et à le bénir.

 

P. Giovanni

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